Thierno Djiby BA rta

Né dans le Fouta balayé par des vents de sable et récepteur du souffle divin, ce fils du Bosséa, à l’instar de tous les humains investis de la vertu spirituelle, a commencé par le parangon en la matière, en l’occurrence le prophète de l’Islam.
En effet, c’est au loin, dans la presqu’île du Cap-Vert, au bord de la mer, dans un petit village tranquille, Bambilor, qu’il est venu servir son Seigneur et donner à voir mais aussi à méditer et suivre l’adoration au quotidien et sans répit du « Maître des cieux et de la terre ». C’est donc en terre Léboue que le saint homme avait élu domicile où il a frappé la mémoire de ses contemporains par des qualités qui en ont fait un soufi intégral.
En effet, loin des mondanités, loin des tentations, loin des bruits et des rumeurs, loin de l’esprit de cour, loin des parades en grosses cylindrées, loin du matérialisme appauvrissant de notre époque, loin des ors, loin des lambris dorés, loin des cercles monnayeurs de leur savoir et de leur savoir-faire, cet homme s’est distingué par une attitude et un comportement charpentés par le respect de la parole divine, l’enracinement dans les enseignements du prophète et le souci constant de la rencontre avec son Seigneur, étape incontournable de toute vie, parce qu’inscrite dans un laps de temps réglé longtemps à l’avance.
C’est sur ce coin de l’étroite île du Cap-Vert, qu’il a donné corps à un des préceptes fondamentaux du soufisme : l’amour du travail, qui est aussi une forme d’adoration. Tout le monde sait que cet homme consacrait beaucoup de son temps à son champ qu’il affectionnait particulièrement, sachant, en homme investi des mystères divins, que la terre ne ment jamais. C’est le même intérêt qu’il portait au foyer coranique implanté au cœur de sa maison. Là, on pouvait s’abreuver à n’importe quelle branche de la théologie : de la grammaire à la rhétorique en passant par la gnose, la métaphysique, la jurisprudence, l’interprétation et l’exégèse coraniques. Mais ce qui a surtout porté au pinacle cet érudit parmi les saints de son temps, ce sont ses immenses connaissances mystiques, faisant l’unanimité de tous ceux qui l’ont connu en la matière, qu’ils soient doctes, savants ou simples profanes, tous attestent de ses incommensurables dons en la matière.

Mais c’est sous la brise maritime subtile et glaciale de Mbambilor qu’il s’imposa au monde des initiés et fit asseoir sa grande renommée.
C’est là où sa flamme monta haut dans le ciel et dans les cœurs, appelant irrestiblement marabouts, guides, talibés ou simples anonymes, à venir se sourcer ou à puiser dans ce vaste océan du savoir qu’il était. C’est à partir de là qu’il expédia toute sa baraka vers cette humanité qui en avait vraiment besoin, comme le lui demandait un jour le Saint Homme de Madina Gounass, El Hadji Mouhammadou Saidou Ba qui lui disait : »Thierno Djiby, de grâce installe-toi à Mbambilor pour sauver et faire profiter de ta baraka les communautés de cette zone … »
C’est en effet, en début des années 60, que le village de Mbambilor, dernière étape d’une longue et riche odyssée d’un Saint homme, inspiré par Mbaye Diop et son frère El Hadji Diop, avait généreusement accueilli Thierno Djiby Ousmane Daouda Ba d’un accueil digne d’un homme de Dieu, comme le fut, à son époque, le Prophète de l’Islam à Médine la Lumière.
Cela constitue un tournant décisif dans l’histoire de Mbambilor, comme le témoigne si fidèlement son hôte, le vieux Mbaye Diop, aujourd’hui octogénaire ‘,  »c’est à partir de ce moment et par la lumière et la baraka de Thierno Djiby Ba, que ce petit village en bordure de la mer, à vocation agricole, juché sur les terres riches et fertiles des niayes, devint aussitôt une cité religieuse, avec une extension et un développement très rapides ».
Comme pour beaucoup d’hommes de Dieu de sa dimension, il devait chercher et trouvé le site qui allait recevoir ses derniers actes de dévotion. Ce fut donc Mbambilor, ce village paisible de Lébou, qui est l’endroit que lui avaient révélé ses nombreuses retraites mystiques pour faire rayonner son nom, mais aussi abriter sa dernière demeure. Ce n’est donc pas le village de Sangalkam comme il le pensait quand il quittait Rufisque et qui pourtant l’avait bien accueilli auparavant, et qu’au bout de quelques jours et à la lumière d’une vision nocturne, il compris que l’endroit vers où le Bon Dieu l’appelait était toujours devant.
C’est au hasard d’un voyage à bord d’un car rapide que Thierno Djiby Ba rencontra le vieux Mbaye Diop, un digne et authentique habitant de Mbambilor, au retour d’une réunion de Dahira à Dakar. Dès que ce dernier posa ses yeux sur le saint homme, découvrit en lui les signes d’un homme de Dieu ; il en avait même peur et son cœur se mit à battre. Mais il l’aborda sans hésiter et le supplia de venir habiter à Mbambilor. Ce Mbambilor était donc ce village de ses Xalwa et qui se situait devant Sangalkam. Et Thierno de demander  »est ce que j’aurais suffisamment de terre pour mon habitation et mes activités agricoles ? Oui, répondit le vieux Diop, déterminé jusqu’au bout des ongles à le faire habiter à Mbambilor,  »je te mettrais aussitôt en rapport avec mon frère El Hadji Diop et les responsables du village et ils te donneront tout ce que tu demanderas ». Ainsi le destin se réalisa et Thierno Djiby et ses Talibés installèrent définitivement leurs quartiers à Mbambilor, puisque telle était la volonté de Dieu.
Il était d’une forte tolérance religieuse et se souciait très peu du matérialisme de ce monde. Affable et courtois, il était très attaché à sa famille, qui du reste était composée de tout le monde.
C’est cette tolérance qui lui a permis de vivre en bonne intelligence avec les autres communautés non peules, d’avoir d’excellentes relations avec tous les hommes de Dieu du Sénégal et de la sous-région. Il entretenait des relations d’amitié avec tout le monde : noirs, maures, wolof, riches et pauvres.
Persuasif et convaincant, il n’exerçait aucune dictature sur son entourage. Il aimait l’ordre et la discipline et acceptait tout compromis dont l’Islam était le référentiel. Son savoir était vaste et immense, son pouvoir mystique très fort. Son ‘Cashfou’ lui permettait de lire spontanément les destins et l’avenir sans jamais trahir leur confidentialité, ses prophéties ne loupent jamais.
De son vivant, Thierno a été très grand parmi les grands, il l’a été aussi après sa mort.
Tel fut Thierno Djibirirou Ousmane Daouda Ba dont la modestie et la foi avaient raffermi les valeurs reçues des ancêtres pour lui conférer des dimensions religieuses exceptionnelles.
Comme le furent le Prophète Mohammed (Psl), Cheikh Tidiane Chérif et El Hadji Oumar Foutiyou Tall (Rta) ses maîtres et références, par ses qualités exceptionnelles, Thierno Djiby aussi a fait l’unanimité du monde des initiés et des hommes de Dieu.
Tel fut Thierno dont les disciples et les guides de l’Islam pleurent encore.

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